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mercredi 5 juillet 2023

Le parpaillot châtelleraudais | Été 2023


Édito
“Si je ne m’en vais pas…”

« Si je ne m’en vais pas le Consolateur ne viendra pas » (Jean 16, 7).

« Quelques-uns verront le Règne de Dieu avant même leur mort » (Luc 9, 27) avait dit Jésus parlant de sa Transfiguration. Et voilà que, plus tard, la venue du Règne semble différée…

Voilà que dans l’Ascension, comme dans la Crucifixion, celui en qui vient le Règne de Dieu est « enlevé » (Actes 1, 2). « Vous ne me verrez plus », disait Jésus de sa mort, puis « encore un peu de temps et vous me verrez », disait-il de sa résurrection (Jean 16, 16). « Vous ne me verrez plus » — ce que confirme à nouveau l’Ascension : « une nuée le déroba aux yeux des disciples » (Actes 1, 9). « Puis vous me verrez encore » : bientôt, plus tard, la venue en gloire — dont l’espérance hors de ce temps dit qu’en ce temps, étant « au milieu de vous », « le Royaume de Dieu ne vient pas de façon à frapper les regards ». Aucune légitimité, donc, d’un règne d’une religion ou Église — Église de celui dont le Règne n’est pas de ce temps…

La Crucifixion et l’Ascension, le départ par la mort et par l’élévation, sont tout d’abord la marque d’une absence : son élévation à la droite de Dieu n’est pas comme un déplacement qui conduirait le Christ à une droite de Dieu « géographique » ! Dieu est dans un au-delà infini : une élévation comme déplacement d’ici à ailleurs durerait indéfiniment ! Et puis Dieu est universellement présent : la « droite de Dieu » est partout, comme les cieux des cieux ne peuvent pas le contenir ! Et le Christ ressuscité emplit lui-même corporellement toutes choses.

L’Ascension est un départ, déjà signifié par la Croix.

Dans le départ du Christ, c’est une réalité essentielle de la vie de Dieu avec le monde qui est exprimée : son retrait, son absence. Car si Dieu est présent partout, et si le Christ ressuscité est lui-même corporellement présent, il est aussi comme le Père, radicalement absent, caché.

Et nous le sommes aussi, en lui : « votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Colossiens 3, 3).

Pour lui, cette absence est aussi signe de son règne — de ce que l’on n’a point de mainmise sur lui —, et de quel genre est son règne. Le Christ entre dans son règne et se retire, voilé dans une nuée.

Et voilà qu’ici-même, en tous ces signes apparemment négatifs, s’est inscrite cette promesse : « il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, l’Esprit promis, le consolateur, ne viendra pas » (Jean 16, 7)…

Roland Poupin, pasteur

mardi 28 mars 2023

Le parpaillot châtelleraudais | Printemps 2023


Édito
Violence et guerres

Violence et guerres : la Bible, l'Histoire et nous… Nos études bibliques nous conduisent cette année à des moments bibliques de violence, ouvrant la question : est-ce une bonne chose que cette Création, celle de l’homme en particulier ? — l’homme dont Dieu s’est repenti de l’avoir créé (Gn 6, 6) ! Au plus aigu, cet atroce épisode relaté en Juges 19 — une femme dont on ne sait pas le nom violée à mort collectivement avant d’être démembrée. Ce récit ancien qui résonne tant avec notre actualité nous pose cruellement la question : cette Création valait-elle le coup ?

Aux origines, avant l’humain : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut… Jour Un » (Gn 1, 3). Un débat a existé chez les maîtres du judaïsme pour savoir si le premier moment de la Création est au v. 2 de Genèse 1, ou au verset 3 : « Que la lumière soit ! »… le v. 2, le tohu-bohu, étant alors le substrat posé par Dieu, relevant donc déjà de sa Création, en vue de la Création.

Un substrat qui pourrait résonner, lui, pour un moderne, avec les 13, 8 milliards d’années depuis le Big bang et avec un univers observable qui compte quelques 2 000 milliards de galaxies de centaines de milliards d'étoiles. Notre seule galaxie, la Voie lactée, une seule de ces 2 000 milliards de galaxies, ayant une extension de l’ordre de 100 000 années-lumière, on perçoit les étoiles lointaines de notre seule galaxie comme elles étaient il y a 100 000 ans. Une parmi les centaines de milliards d’étoiles de cette galaxie parmi 2 000 milliards d’autres, le soleil est l’étoile autour de laquelle tourne la terre — sur laquelle vous lisez aujourd’hui Le Parpaillot châtelleraudais.

Voilà qui met les choses en perspective, et qui semble bien vertigineux ! On pourrait se dire que tout ça est le fait du hasard, que la vie terrestre est un mini-bouillon de culture hasardeux… débouchant sur une civilisation humaine.

Une tradition du judaïsme envisage qu’avant d’en venir à la Création que nous connaissons, Dieu aurait fait une série d’essais finalement non concluants. Parmi ces essais, certains modernes placent par exemple les dinosaures… On pourrait y voir aussi les 13, 8 milliards d’années de l’univers !… Avec « en amont » en quelque sorte, tous les possibles jamais advenus. La théologie médiévale affirmait que Dieu connaît de toute éternité tous les possibles, même ceux qui ne sont jamais advenus et ceux qui n’adviendront jamais… Et, donc, de toute éternité, il sait aussi l’horreur des violences rapportées par la Bible, l’actualité, ou l’Histoire…

Le vertige d’un univers immense et chaotique, l’absurde d’un monde trop souvent chargé de violences, causées par les hommes, ou par des hasards naturels, comme le tremblement de terre en Turquie et en Syrie vient de nous le rappeler, nous mettent décidément devant la lancinante question : cela valait-il le coup ?

Si Dieu connaît tous les possibles, quid de ce monde ? Que fait-il ? Où est-il ? Existe-t-il finalement ? La mystique juive envisage l’idée qu’il s’est retiré pour que le monde soit. Avec tout le risque de l’infiltration du mal qui est dans ce retrait. Sa connaissance de tous les possibles aurait donc jugé que quelque chose de l’ordre de la beauté et de la lumière valait que ce risque soit pris… Retiré mais présent…

Où est-il alors ? On connaît la remarque d’Élie Wiesel à Auschwitz : il est avec cet adolescent pendu par les nazis… Écho au serviteur souffrant du livre d’Ésaïe et, pour les chrétiens, à sa présence dans le Crucifié ; et — peut-être est-ce le message silencieux de Juges 19 —, ce Dieu dont on ne saurait prononcer le Nom au-dessus de tout nom est dans la souffrance de la femme anonyme… Dieu rachetant en pleurant, en s’identifiant à elle, ce monde dont il a jugé que sa possibilité était préférable aux ténèbres du non-être. Ce monde de douleur appelé encore aujourd’hui à une vie par laquelle un seul instant de lumière est chargé de la possibilité d’un Oui quand même… « Choisis la vie » (Deut 30, 9).

Roland Poupin, pasteur

samedi 3 décembre 2022

Le parpaillot châtelleraudais | Avent 2022


Édito
« Enseigne-nous à prier »

Une espérance dont on désespère, celle d'un règne universel de la justice, annoncé par le ministère d’une Église qui rayonne, celle de jours où, par la parole de la promesse d’une paix universelle qui vient par la justice, tout est repris, mais dans la justice, de ce que font les empires et leurs paix imposées par la force et la violence, par le viol de la justice.

Au temps où Jésus donne le Notre Père, une vraie paix, juste, n'est jamais advenue en sa plénitude, Jésus en pleure sur Jérusalem ; depuis Jésus, ce n'est jamais advenu ni à Jérusalem ni non plus au sein des nations, pas même celles sur lesquelles son nom pourtant a été invoqué. Mais celui qui a porté cette espérance et qui en donne la promesse est plus vrai que nos désespérances — il a vaincu jusqu'à la mort même. Le Christ ressuscité ne meurt pas. Avec nous jusqu'à la fin du monde, il est celui qui nous envoie — nous nourrissant de sa promesse qui a vaincu toutes les désespérances.

« Enseigne-nous à prier », ont demandé les disciples à Jésus qu’ils n’ont jamais vu prier — il se retire seul. « Voici comment vous devez prier : quand vous priez, dites… Père… », répond Jésus. Voilà qui nous place dans l’intimité de Dieu — Père / « Abba ». Intimité : souvenons-nous que Matthieu précise : « entre dans ta chambre, ferme la porte. » Où l’on reçoit du Père la parole donnée publiquement de la chaire, déjà aux cinq livres de la Tora, reprise aux cinq livres liturgiques des Psaumes. Et en écho la prière devenue prière liturgique publique, le « Notre Père ».

À suivre .../...

mercredi 14 septembre 2022

Le parpaillot châtelleraudais | septembre 2022


Édito
Urgente guérison

Un jour de shabbat. « Un hydropique (enflé) est devant Jésus [...]. Alors il prit le malade, le guérit et le renvoya. » (Luc 14, 1 sq.)

Voilà que Jésus guérit un homme atteint d'une maladie qui semble ne présenter aucune urgence — c'est-à-dire qu'il aurait pu être guéri le lendemain : les cabinets médicaux sont fermés le week-end, sauf urgence. Il en est de même pour le shabbat : en cas de réelle urgence, les pharisiens admettent sans la moindre difficulté la légitimité des interventions au jour du shabbat — d'où le silence qui suit la question de Jésus. Dans un cas d’urgence, celui d'une question immédiate de vie ou de mort, il n'y aurait ni discussion ni contestation. Pas plus pour un être humain que pour un bœuf tombé dans un puits. Les choses étaient prévues, le Talmud en garde souvenir, pas de difficulté dans ce cas.

Mais voilà, ici, on a affaire à une personne qui pouvait attendre un jour de plus. Jésus, méprise-t-il le shabbat ? Aucunement, mais il considère le cas de ce malade comme urgent ! C'est là qu'est le débat, peut-être d'une autre urgence que celle de la maladie — même si l'on convient qu'un jour de souffrance est une éternité pour celui qui en est affligé.

L'urgence en question est celle du Jour d'éternité précisément, celle du Royaume de Dieu. Le shabbat en est le signe, signe de gratuité, signe de grâce, signe et présence du Royaume de Dieu, ce Jour où Dieu s'est retiré, et où tous sont invités à être délivrés et à entrer dans le repos — et pas seulement à observer scrupuleusement le rituel qui symbolise cette délivrance. Sans quoi on risque de n'être qu'enflé de la bonne conscience de qui se croit en règle avec Dieu… Comme l'hydropique — beau symbole — était enflé. À guérir d'urgence !

Voilà qui permet d'éclairer la parabole qui suit : qu'est-ce que cette façon d'être enflé de bonne conscience, à se croire premier, en s'arrogeant les places d'honneur ? — et pourquoi le Maître du repas du Royaume pourrait juger qu'il s'agit de ranger les convives autrement. « Lorsque tu es invité par quelqu'un à des noces, ne va pas t'installer à la première place, de peur qu'une personne plus considérée que toi n'ait été invitée, et que celui qui vous a invités l'un et l'autre ne vienne te dire : “Cède-lui la place.” Tu aurais alors la honte d'aller t'installer à la dernière place. » (Luc 14, 8 sq.)

*

On peut saisir ainsi que se mettre à la première place consiste à établir des catégories prioritaires, et s'y placer soi-même, sur la base d'une bonne conscience qui revient à être… enflé. Maladie à guérir d'urgence !… Avant que Dieu ne bouleverse un ordre indu : « quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé » (Luc 14, 11).

Alors Jésus appelle celui qui l'invitait, à inviter — plutôt que les convives qui lui ressemblent, ses proches ou ceux qui lui sont proches par leur perfection morale, ceux honorent sa table de leur richesse ou de leur — réelle — honorabilité, et qui peut-être, l’inviteront en retour à leurs tables de choix — ; Jésus l'appelle à inviter ceux que l'on a l'habitude de mépriser (Luc 14, 12 sq.). Avec en outre le motif qu'ils ne pourront pas rembourser, qu'ils ne pourront pas rendre l'invitation… N'ayant donc pas de quoi être enflés !

*

Ainsi, il est un autre regard de Dieu, celui du Christ qui honore le méprisé, que nous sommes toutes et tous à bien y regarder, un regard qui mène quiconque a perçu qu'il se pose sur lui sur elle, à savoir qu'on ne saurait être soi-disant apte à aimer, en règle avec Dieu, que par inconscience. Ce regard dévoile à qui a perçu que Dieu le pose sur lui, sur elle, que c'est là le regard qui seul fait vivre. C'est ce regard du Christ qui suscite l'attitude que Dieu agrée, et qui consiste à s'attendre à lui seul, et à ne pas se fier à toutes nos prétendues mises en règle, jusqu'à s'imaginer être comme Dieu, aptes au don gratuit. C'est par la foi seule, qu'il s'agit de vivre devant Dieu, Dieu qui a seul le pouvoir de faire naître en nous, et à l'égard de nos prochains, les comportements qu'il attend de nous.

Roland Poupin, pasteur

vendredi 10 juin 2022

Le parpaillot châtelleraudais | Pentecôte 2022


Édito
Personne ne pourra les arracher de ma main

Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent. Et moi, je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront pas pour l'éternité et personne ne pourra les arracher de ma main. (Jean 10, 27-28). Point, pour elles, de mort pour l'éternité (v. 28)… Mais qu'est-ce donc que ne pas périr pour l'éternité ?

Il y a le monde visible, passager, où nos vies se terminent par la mort ; ce monde où l’herbe sèche et où la fleur se fane, comme le dit le prophète Ésaïe (ch. 40, v. 7) : c’est la mort pour ce temps, ce temps si bref de nos vies terrestres.

Et puis il y a une autre réalité, celle du règne de Dieu, dont la Parole subsiste éternellement (És 40, 8), un monde que Jésus, qui observe pleinement la parole de son Père, annonce comme son royaume ; c’est le monde de la résurrection, dans lequel Jésus promet que Dieu fait entrer dès aujourd’hui quiconque croit en lui, par une première résurrection.

Cette première résurrection qui a lieu dès aujourd’hui dans nos vies, nous guérit de ce que l’Évangile appelle la première mort, mort spirituelle, agissant avant même la mort physique qui met terme à nos vies. Cette première mort est une mort spirituelle.

Cette mort spirituelle, c'est le désespoir, le désespoir profond qui ronge les vies et que pourtant l’on ignore, une vraie mort qui ronge aujourd’hui nos sociétés réputées « apaisées » — « apaisées » jusqu’à hier en tout cas concernant notre pays et notre continent, puisqu’on a connu quelques 77 ans sans guerres en Europe occidentale. Ce qui n’a pas empêché les ravages de la mort spirituelle, qui se traduit par des litanies de détresse, de remords pour ce qu'on a vécu ou pour ce qu'on n'a pas vécu, de culpabilité ; bref, on connaît les affres infernales.

À suivre .../...

mercredi 23 mars 2022

Le parpaillot châtelleraudais | Pâques 2022


Guerre et bruits de guerre (suite de…)

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Au désert, entre deux tentations, changer une pierre en pain, se précipiter du haut du temple, le diable, pour inviter Jésus à l’adorer, a dit cette chose énorme, effrayante (v. 6) : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c'est à moi qu'il a été remis et que je le donne à qui je veux. » Est-ce vrai ? Certes n'oublions pas que le diable est dès les origines, menteur et père du mensonge (Jn 8, 44)… « Tout ce pouvoir m'a été remis » ! Est-ce vrai ? Jésus n'a pas répondu sur ce point. Pour savoir, si cela se pouvait, voyons l'actualité… et notamment quand l'insatiable gloire du pouvoir suscite ses guerres : le diable n'a-t-il pas effectivement soumis toute la Terre ? « Le monde entier gît sous le pouvoir du malin » (1 Jn 5, 19). Le monde en proie à toutes les injustices, toutes les violences, toutes les cruautés…

Jésus mettra en garde ses disciples, nous si nous l'entendons. Car ça vaut aussi déjà pour les glorioles et autres querelles pour un pouvoir dérisoire… Les pulsions et passions humaines peuvent mener au pire (Mt 5, 21-22)… « Tout cela m'a été remis », a dit le diable !

La tentation du pouvoir, de la gloire, bref le culte du diable, est au coeur de l’épreuve au désert, les deux autres tentations de Jésus consistant à refuser le manque et la dépendance, d’autrui et de Dieu : le manque de pain d'un côté, le désir d'un Dieu qui soit à mon service de l'autre.

Jésus n'ayant pas succombé, le diable reviendra à l’attaque, au « moment fixé » (v. 13) : et particulièrement lors de l’agonie et de la mort de Jésus, qui dévoile l'illusoire des propositions du menteur qui prétend avoir tout pouvoir — et qui a tout pouvoir d'illusion. Ce qui est déjà dévoilé par le refus de Jésus de sauter en bas du Temple est à nouveau refusé par son refus de sauter en bas de la Croix, ou de faire intervenir les armées d’anges pour le garder de toute chute. Alors Dieu est pleinement manifesté comme étant le Dieu caché derrière l’humilité de la croix d’un homme qui meurt — élevé sur le bois à la vraie gloire.

Roland Poupin, pasteur

jeudi 6 janvier 2022

Le parpaillot châtelleraudais | Noël 2021

Numéro 10 — décembre 2021-janvier 202EE,
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Parole de lumière devenue chair

Lorsque, avant sa venue à l’être, Dieu envoie une âme dans le monde, celle-ci rechigne, supplie, fait tout pour éviter de venir au monde, selon un enseignement du judaïsme. Puis elle finit par céder – on peut penser : mi par lassitude, mi par inconscience, à défaut d’avoir pu mesurer les conséquences d’une telle acceptation. « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire », écrit Jérémie (ch. 20, v 7) avant de maudire sa propre naissance (v. 14), à l’instar de Job (ch. 3). Si l’on en croit cet enseignement sur la réticence de l’âme à venir en ce monde, nous avons tous dit « non ».

Tous ? Un, toutefois, selon l'Évangile de Noël, a dit « oui » en connaissance de cause : celui qui, nous rejoignant dans notre humanité, est devenu chair (Jean 1, 14). Celui qui est la Parole de lumière, qui est le « oui » en qui tout a été fait, est « venu chez les siens » (Jn 1, 11a). C’est ce que nous rappelle le temps de Noël que nous préparons. Ici tout est renversé, tout devient possible.

Nous voici donc tous avec notre « non » appelés à suivre par un acte de confiance celui qui a dit « oui » pour nous en toute connaissance de cause. Pour nous aussi, quoiqu’il en ressorte, il est alors temps, au-delà de nos refus de cette Parole – car nous ne l’avons d’abord pas reçue (Jn 1, 11b) –, il est temps, par-delà nos refus, de recevoir le don qui nous est fait : à quiconque a reçu la Parole de lumière, « elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

*

Tandis que les ténèbres couvrent la terre, tandis que le brouillard de nos douleurs nous empêche encore de voir clairement ce mystère, résonne déjà la promesse de la lumière de Dieu : « Lève-toi et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du Seigneur sur toi s'est levée. Voici qu'en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le Seigneur va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever » (Ésaïe 60, 1-3).

C’est cette promesse que Noël renouvelle. L’Alliance est renouvelée et étendue à toutes les nations, avec la richesse de toutes leurs traditions, de toutes leurs couleurs, de toutes leurs légendes, de tous leurs chants. La promesse d'Ésaïe retentit à nouveau. Celles et ceux qui déjà se sont approchés de la Jérusalem nouvelle, ville de la paix, portent les louanges du Seigneur de loin en loin, se font ses messagers, pour autant d'échos d'extrémités du monde en extrémités du monde.

Par la foi seule, on a accès à la Jérusalem céleste ! Cela vaut pour toutes et tous, quelle que soit ses traditions, sa provenance, ses rites. Sur ce fondement de l’appel universel, le don de Dieu, le dévoilement de ce grand mystère se poursuit, et nous sommes encore invités à en être. Aujourd'hui à nouveau, Dieu nous accueille comme ses enfants, toutes et tous, d'où que nous soyons, par pure grâce, par don, cadeau de Noël pour nous porter à travers les jours qui s’ouvrent, pour que nos lendemains soient lumière…

RP

jeudi 30 septembre 2021

Le parpaillot châtelleraudais | automne 2021

Numéro 9 — octobre-novembre 2021,
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Jésus et la Torah

“Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir” — littéralement “observer pleinement” (Matthieu 5, 17). Voilà qui est au cœur du Sermon sur la Montagne, et qui pose d’emblée la question classique de la relation de l’Évangile et de la Loi .

La question de cette relation de l'Évangile et de la Loi, selon le mot grec Nomos par lequel se traduit alors souvent le mot hébreu Torah, a pu être abordée par le biais de la relation entre deux Testaments dont l'un enseignerait la Loi et l'autre la grâce.

Approche commode, qui a même valu aux écrits des Apôtres le titre global d'Évangile, entendu dès lors comme Nouveau Testament, celui de la grâce, opposé à ce qu'en contrepartie on intitule de façon plus ou moins consciemment péjorative l’“Ancien Testament”, document perçu à terme comme dépassé et affreusement légaliste, tatillon et vengeur.

On comprend que cette façon d’opposer deux Testaments est erronée en regardant notre texte de près : Jésus ne remet pas en cause la Torah, mais certaines interprétations accommodantes qui en sont faites. Ce en quoi il est en parfait accord avec l’enseignement juif.

De là on en vient à imaginer que le commandement “tu aimeras ton prochain comme toi-même” est une invention du Nouveau Testament. C’est un commandement du Livre du Lévitique (19, 18) ! Ou sachant cela, on se contente de dire que les pharisiens ignoraient que c’était là un commandement central de la Torah. C’est faux aussi : il suffit de lire la parabole du Bon Samaritain (Luc 15) pour voir que c’est le pharisien lui-même qui présente à Jésus ce commandement comme central. Alors — toujours cette volonté de penser que Jésus innove — on en vient, au regard de ses paroles dans Matthieu, à penser que la Torah enseignait la haine des ennemis. Or la Torah ne dit jamais ça, non plus que le judaïsme rabbinique : Jésus entend en rappeler la teneur, qui est tout autre : un appel à la sainteté, à la plénitude de l’observance des préceptes, qui se résument à l'amour de Dieu et du prochain.

Exigence donnée par Jésus, écho au ”vous serez saints car je suis saint” (Lévitique 20, 26), Matthieu 5, 48 : “vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait” ! — la “perfection” en question ne consistant pas en un état tel qu'il nous arracherait à notre humanité et à ses faiblesses, mais en une visée sérieusement poursuivie, qui se traduit en comportement accompli, — mature, pourrait-on dire selon un sens possible de “parfaits” : l'imitation, dans le cadre de nos limitations, de Dieu faisant pleuvoir ou se lever le soleil sur tous, sans conditions.

Ainsi, la Loi se trouve aussi bien dans le Nouveau Testament, Loi qui est la même que celle de la Bible hébraïque ; et par ailleurs l’Évangile sous l’angle où ce mot désigne le salut par la confiance en Dieu, se trouve aussi dans la Bible hébraïque, où il est le même que celui du Nouveau Testament. L’Évangile est au cœur de la Loi. Sous un certain angle il est la Loi elle-même.

Ce sont là quelques-unes des questions que nous abordons pour cette rentrée de notre paroisse en étude biblique, avec pour titre : Jésus et la Torah. Où Jésus, loin de s’opposer à la Bible qui est la sienne, nous donne d’entrer en son cœur, pour en vivre la portée réelle dans toute son intensité.

RP

mardi 3 août 2021

Le parpaillot châtelleraudais | été 2021

Numéro 8 — été 2021,
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Que l'on dorme ou que l’on veille…

Été, temps de pause et de repos, écho à ce que produit en nous la parole biblique…

« Il en est du Royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre ; qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment. [...] Dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là » (Marc ch. 4, v. 26, 27, 29). Tout le processus nous échappe ; il ne dépend pas de nous, du début, la semence, à la fin, la moisson.

Écho à la promesse prophétique : « ma Parole ne retourne pas à moi sans effet » (Ésaïe 55, 11). C’est l’Esprit de Dieu qui, portant cette Parole, précède tout mouvement de la foi. Et nous fait perdre tout pouvoir, jusqu’à tout pouvoir sur nous. La Cité de Dieu vient par l’effet d’une Parole sur laquelle et sur les conséquences de laquelle nous n’avons aucun pouvoir, que nous veillons ou que nous dormions.

La venue de la Cité céleste n’est pas en notre pouvoir. Tout comme le vent souffle où il veut, tout comme on ne peut pas naître par la force de la volonté, nul ne peut préjuger du fruit d’une semence ni expliquer la raison finale de sa germination, « sans que l’on sache comment ».

Le fruit n’est pas en notre pouvoir. Il s’agit de lâcher prise : « dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là ». Faucille ! Comme le grain doit disparaître pour germer. Comme nos vies doivent s’effacer, fût-ce du fait de notre mortalité. On devra tôt ou tard lâcher ce que l'on a passé sa vie à établir patiemment ! C'est ce que suppose le fait de recevoir cette Parole : alors seulement, le fruit que nous attendons se prépare. Mais pour cela, il s’agit de se perdre. Perdre l’idée de notre maîtrise des choses !

Or cela nous conduit au cœur de l’Évangile de la foi, de la confiance seule. C’est de l’ordre de la semence à recevoir de la seule écoute de la Parole de Dieu… à même de fructifier en abondance. C’est la seule façon de faire venir le Règne pour la venue duquel nous prions “Notre Père”.

Dieu lui-même s’est réduit à faire venir son Règne sur le mode de l’ensemencement et de la germination. Aussi, tenter de le faire venir comme si nous avions en la matière plus de pouvoir que Dieu, c’est risquer de faire venir en lieu et place du Paradis espéré, un enfer : l’histoire l’a maintes fois prouvé…

Dieu l’a envisagé autrement. Et c’est là qu’est le cœur de la bonne nouvelle, l’Évangile de la foi, de la confiance seule ; qui est de l’ordre de la semence à recevoir de la seule écoute de la Parole de Dieu, qui croît de la seule puissance de Dieu, alors même que nous reposons ou même que nous dormons ! « Moi, le Seigneur, j’ai parlé, et j’agirai » (Ézéchiel 17, 24).

Bon été à toutes et tous !

RP

samedi 5 juin 2021

Le parpaillot châtelleraudais | juin & juillet 2021

Numéro 7 — juin-juillet 2021,
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Dans l’absence, une autre présence (suite de…)

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Avant cela, « Jésus vint, se tint au milieu d’eux et il leur dit : “La paix soit avec vous.” Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie.” Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : “Recevez l’Esprit Saint ; ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis.” » (Jean 20, 19-23).

Ici, dans ce passage de relais, s’ouvre la porte de la liberté à laquelle nous sommes invités à notre tour. Il s’est retiré — « désormais, je ne suis plus dans le monde » (Jean 17, 11) — pour que nous puissions être, comme au récit de la Création Dieu se retire pour que nous puissions être. Porte de liberté, porte de liberté renouvelée, en un nouveau signe, lors d’une fête juive de Chavouot, Pentecôte, fête du don de la Torah, quelque cinquante jours plus tard.

Cette liberté est avant tout une question de pardon : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis » (plutôt que « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus », comme si les Apôtres avaient pour mission de retenir captifs de leurs péchés certains de ceux à qui ils sont envoyés !). Telle est la promesse que Jésus donne à ses disciples, priant pour eux et pour nous après eux (Jean 17, 20).

Envoyés pour communiquer la libération que Jésus — qui désormais n’est plus dans le monde (Jn 17, 11a) — vient d’octroyer dans le don de l’Esprit saint à ceux qui pour l’heure restent dans le monde (Jn 17, 11b). Y être envoyés pour vivre et communiquer abondamment la liberté d’être devant Dieu : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis. »

Telle est la parole de liberté — parole de pardon qui met fin à la crainte et nous envoie avec la paix de Dieu — qui nous est donnée dans le souffle de l’Esprit saint pour que nous la disions et la vivions à notre tour.

RP

dimanche 4 avril 2021

Le parpaillot châtelleraudais | avril & mai 2021

Numéro 6 — avril-mai 2021,
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Pâques au-delà de la mer / au-delà de la mort

La Pâque, Pessah : la sortie du pays de l’esclavage… La délivrance aboutit à la traversée de la mer. Le peuple hébreu est délivré, l'armée de Pharaon est engloutie par les eaux. Le texte de l’Exode nous rappelle qu’un chant de louange est adressé à Dieu (par Moïse, sa sœur Myriam et le peuple libéré - Exode 15). Un commentaire juif, dans le Talmud, nous dit alors :

“Au même moment (lorsque Moïse entonna le cantique) les anges du service demandèrent à dire un cantique devant le Saint - béni soit-il, celui-ci leur dit : les créatures de mes mains sont en train de se noyer, et vous voulez dire un cantique de grâce !” (Talmud de Babylone, Traité Sanhédrin)

La libération des esclaves s’est faite douloureusement. Les propriétaires d’esclaves ne libèrent pas de bon cœur ceux qu’ils considèrent comme leurs possessions. La Bible rappelle cette difficulté : il est des libérations qui ne se font qu’à travers des douleurs considérables. Comment ces épisodes terribles se sont déroulés concrètement, c’est difficile à dire, et au fond, le texte ne l’explique pas, même si, par sa façon d’en donner le récit, il affirme que cela n’échappe pas à Dieu - perçu comme maîtrisant tout ce qui arrive.

Ce qui vaut réjouissance, ce n’est pas la violence, mais c’est la libération des opprimés… qui entraîne le plus souvent des violences, comme, dans le texte de l’Exode, l'engloutissement de l'armée de Pharaon. À l'époque moderne non plus, la libération des esclaves (pensons à la guerre civile américaine) n'a pu se faire sans violence. Ce n’est pas la violence qui est réjouissante, c’est la libération - “go down Moses, tell old Pharaoh to let my people go” ! De même pour la Révolution française, ce n’est pas la violence qui est réjouissante, c’est la Déclaration des Droits de l’homme de 1789 qui en est sortie, écrite sur des tables similaires à celles que l’on représente pour le Décalogue biblique qui suit la Pâque. La libération, nécessaire, mais dont l’avènement s’est fait dans la douleur, a vu la proclamation d’une loi qui donne les règles par lesquelles ne pas retomber dans l’esclavage et la violence. De même au XXe siècle, la libération à l’égard du nazisme, qui n’a pas pu se faire sans violence, a débouché sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui exprime les règles à observer pour que cela ne se reproduise pas.

Dans tous les cas, la douleur a dû être traversée : c’est la Pâque, ou le passage (Pessah en hébreu) pour aboutir à l’avènement de la liberté. La douleur en est l’aspect tragique, qui attriste Dieu, selon le commentaire talmudique. Ce qui vaut la joie, c’est la liberté reçue, pas son prix douloureux.

*

Pâque, dans le christianisme, évoque cet autre passage, au-delà de la mer / au-delà de la mort : Pâques. Ce passage-là aussi s’est fait dans la douleur, celle de l’atroce violence de la crucifixion. La violence relatée dans l’Exode est bien présente ici aussi, tragique ! Elle est portée ici par le libérateur, celui qui a triomphé de la mort, le dernier ennemi qu’il a fallu combattre. Là aussi, ce qui est réjouissant, ce n’est pas la violence subie, c’est la libération, proclamée au dimanche de Pâques, scellant la victoire sur la mort et faisant de la croix le lieu de l'élévation de celui qui a subi et porté en sa chair toute la violence de ce combat. La croix apparaît, à la lumière rétroactive du dimanche de Pâques, comme l’élévation du Christ dans la lumière de la gloire du Père. Il a triomphé du dernier ennemi, dont la défaite finale (1 Co 15, 26) est ainsi annoncée et assurée.

Ce triomphe est la promesse qui nous est donnée dans notre traversée du désert de la pandémie… Le peuple de l’Exode a traversé le désert. Le Christ a commencé son ministère au désert annonçant sa solidarisation avec chacune et chacun de nous, solidarisation accomplie lorsqu'il a porté le prix de douleur de notre libération. D'autres déserts ont suivi, comme celui de nos ancêtres spirituels protestants français, interdits d'existence pendant plus d’un siècle, après un autre siècle de maigre tolérance. Désert, c’est le nom qu’ils ont donné à ce temps. Aujourd’hui, la pandémie apparaît comme un nouveau désert, nous appelant, à la suite du Christ, à la solidarité : le virus a tué, nombre de nos contemporains sont à l’heure actuelle totalement confinés. Celui qui, portant nos souffrances, a vaincu la mort-même, le Ressuscité, nous est donné en consolation, nous laissant son Esprit consolateur, Esprit de promesse qui nous invite à la solidarité dans la patience espérante, tendus vers le temps des retrouvailles, le temps de fête que préfigure ce temps de Pâques en lequel nous crions tout à nouveau : Maranatha, le Seigneur vient ! Maranatha, viens Seigneur !

À suivre ICI...

RP

vendredi 29 janvier 2021

Le parpaillot châtelleraudais | février & mars 2021

Numéro 5 — février-mars 2021,
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Des crêpes, ou : du confinement à la reconnaissance…

Le « jour des crêpes », le 2 février, c’est quarante jours après la naissance de Jésus, célébrée depuis les IVe-Ve siècles le 25 décembre — en regard de la dimension angélique du temps que l’on a évoquée à Noël. Le 2 février est donc le jour qui correspond au rite biblique de réintégration de la famille du nouveau-né dans le cours de la vie normale, après une quarantaine, confinement de quarante jours, qui suit l'accouchement. On appelle cela « la purification » ou « les relevailles »…

Ce rite des relevailles correspond à un précepte de la Loi de Moïse — Lévitique ch. 12, 6-8 : « Lorsque s’achève [pour la mère qui vient de donner naissance] son temps de purification, pour un fils ou pour une fille, elle amène au desservant du temple, à l’entrée de la tente de la rencontre, un agneau âgé d’un an, pour un holocauste, et un pigeon ou une tourterelle, servant à un sacrifice pour le péché ; […] » Telles sont les instructions concernant la femme qui accouche d’un garçon ou d’une fille. « Si elle n’arrive pas à se procurer un agneau, elle prend deux tourterelles ou deux pigeons, l’un servant à un holocauste et l’autre à un sacrifice pour le péché ; quand le desservant a fait sur elle le rite d’absolution, elle est purifiée. »

*

En Luc (ch. 2, v. 24), on voit Marie et Joseph apportant, « suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons ». Mais… où sont les crêpes ? me direz-vous… C'est ici que l'on trouve un autre aspect de l’enracinement biblique de cette fête. Outre le « couple de tourterelles ou petits pigeons », si on entre dans les détails de ce qui a dû s'accomplir à cette occasion, on découvre cette précision de la Loi de Moïse : « on ne doit pas apparaître au Temple sans offrandes » (Deutéronome 16, 16). Or, le Lévitique le précise (ch. 2, v. 1) : « Lorsque quelqu’un fera à l’Éternel une offrande en don, son offrande sera de fleur de farine ». Lévitique 2, 4 précise : « Si tu fais une offrande de ce qui est cuit au four, qu’on se serve de fleur de farine, et que ce soient des gâteaux sans levain pétris à l’huile et des galettes sans levain arrosées d’huile ». Et Lévitique 7, 12 : « Si quelqu’un l’offre par reconnaissance, il offrira, avec le sacrifice d’actions de grâces, des gâteaux sans levain pétris à l’huile, des galettes sans levain arrosées d’huile, et des gâteaux de fleur de farine frite et pétris à l’huile. »

Bref, des crêpes !… Ondulées par la cuisson, d'où le nom, « crêpe » venant du mot latin crispa qui signifie « bouclé », « ondulé »… Voilà l’aspect biblique de la tradition des crêpes partagées le jour de la fête de la fin de la quarantaine de la mère et de la famille de Jésus.

L’offrande des crêpes — geste prescrit par Moïse pour remercier Dieu — est le geste par lequel Marie dit sa reconnaissance. Nos crêpes en sont le souvenir, façon populaire de dire notre reconnaissance — avec le vieux prophète qui, prenant Jésus dans ses bras, acclame la lumière que symbolisera l’autre nom de la fête aux crêpes, Chandeleur, parlant de chandelles pour dire la lumière appelée à rayonner jusqu’aux extrémités de la Terre : « mes yeux ont vu ton salut, s'exclame le vieux prophète Syméon (Luc 2, 30-32), salut que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux nations et gloire d’Israël ton peuple. »

RP

dimanche 20 décembre 2020

Le parpaillot châtelleraudais | Spécial Noël

Edition spéciale Noël 2020
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Arbre de Noël

Une jeune femme, Marie, va, par le pouvoir de Dieu, donner naissance à un enfant présenté comme descendant royal de David, fils de Jessé — ou Isaï —, dont le vieux tronc, comme le dit un de nos chants citant la Bible, porte le Messie descendant de David.

C'est ce que signifie notre arbre de Noël, figure de l'arbre de Jessé et reprise de l'arbre de toute la Création que Dieu fait croître vers sa rencontre.

Arbre de Jessé qui porte le Messie, pour dire le chant de toute la Création tournée vers la rencontre de la lumière à laquelle elle est appelée.

Un antique symbole que cet arbre, repris dans l'Alsace protestante pour lui donner comme autre sens la vérité du 25 décembre, ancienne date du solstice d'hiver devenu symbole de la naissance du Christ.

Un arbre qui se dresse vers la lumière annoncée par l'étoile des Mages de l’Évangile selon Matthieu, l’arbre de la famille de Jessé et de David vers le Messie, et celui de toute la Création vers son salut.

Cela en passant par la faute même qu'il s'agit de couvrir, symbolisée par les boules des arbres de Noël, qui sont au départ simplement des pommes stylisées - pommes (malum en latin), pommes du bien et du mal, mal (malum aussi en latin)…

Le mal englouti, comme sous la neige, par le Christ, dans la lumière, qui dès lors parcourt toute la création, lumière figurée par les guirlandes de lumière qui courent dans tout l'arbre…

C’est ainsi que la Parole éternelle, Parole de lumière en laquelle est la vie de toute la Création — venant vers nous, est devenue chair, de sorte que la foi en elle donne à chaque homme, à chaque femme, le pouvoir de devenir enfant de Dieu — dans une autre naissance miraculeuse, à l’image de celle de Jésus, naissance donnée de Dieu, naissance en Dieu.

RP

lundi 2 novembre 2020

Le parpaillot châtelleraudais | novembre & décembre 2020

Numéro 4 — novembre & décembre 2020,
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(Et ICI, le message de soutien des musulmans de Châtellerault
aux chrétiens lu dimanche 1er nov. au cours du culte et des messes)


Temps d’absence et promesse de présence

Quand l’Avent s’approche, c’est, en signe, le Christ qui s’approche, promesse de Noël où lui-même nous a rejoints, pleinement. Nous voilà alors devant Dieu, devant celui-là seul qui l‘incarne.

En ces temps étranges que nous traversons, où le mot même de présence semble une gageure — mesures prophylactiques obligent —, où même, sous la menace terroriste qui plane, le terme même de présence religieuse prend des accents redoutables, nous voilà au défi du témoignage à un Dieu autre, Dieu-amour, au-delà de toute image et représentation, et donc inaccessible au blasphème, lequel ne peut atteindre que des représentations, des idoles.

À suivre .../...

dimanche 30 août 2020

Le parpaillot châtelleraudais | septembre-octobre 2020

Numéro 3 — septembre-octobre 2020,
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En temps de pandémie, devant le Père qui voit dans le secret

La pandémie actuelle nous a conduits à une sorte de division intérieure, entre deux injonctions divergentes procédant de la même vocation à l'empathie : l’attention au risque de la contagion ; l’accompagnement affectif et spirituel.

Il a été très vite perceptible que l’accompagnement spirituel pâtirait de l'exigence morale, puis légale, face à la pandémie : confinement, gestes-barrière, rassemblements cultuels devenus impossibles, ou limités, etc., autant de mesures imposées à tous. Bref, comme cela avait été admis dans un premier temps : il n’y aurait, pour la durée requise, pas d'accompagnement spirituel digne de ce nom. Réalité effrayante, et qui a justement effrayé… Au point que, tergiversant devant l’énormité de ce fait, on a cru parfois devoir dire, que si, il y aurait bien accompagnement quand même — mais de fait, un peu limité toutefois !… « Accompagnement limité », ce qui est tout simplement un oxymore, criant dans des Églises se réclamant d’une théologie de l'Incarnation ! Qu’est-ce qu’un accompagnement minimum, limité ? Que serait une… « incarnation limitée » ? Limitée à quoi ? Limitée par quoi, sinon par l’ordre prophylactique auquel il a bien fallu se plier, auquel il est sain de se plier, sauf à donner dans le déni ?… Tout cela faisant qu’il aurait été plus clair de dire franchement que nous serions acteurs d’un déficit d'accompagnement. Aveu terrible, requérant pour être fait franchement un véritable courage, un terrible courage, qui nous renvoie à la suite des disciples dispersés au vendredi saint. Ce qu’il semble toujours très difficile d’admettre.

Alors c’est le Christ lui-même qui nous rejoint, et pas nous qui le rejoignons, ni même qui l'imitons. Nous imitons plutôt les disciples dispersés au vendredi saint, quand lui nous rejoint dans notre dispersion. Sa mort quasi-seul telle que nous la relatent les évangiles et son enterrement quasi-seul tel que nous le relatent les évangiles, se rapprochent fort des enterrements en déficit d'accompagnement des familles, que nous avons vécus et qu’après la fin du confinement strict nous continuons dans une moindre mesure de vivre.

Nous voilà devant Dieu, uniques devant celui-là seul qui l‘incarne, malgré l’Église toujours composée de disciples dispersés, entendant quand même l’appel à l’union et au rassemblement, mais toujours en déficit. Une question demeure : saurons-nous dire que la présence accompagnante, incarnée, du Père, est le fait du Christ seul, et qu’on ne trouve le Père qu’au-delà de nos dispersions, fussent-elles des rassemblements d'Église, qu’il vient dans une présence invisible, transfigurant nos solitudes en rencontres secrètes, à l’écoute de sa parole (où il s’agit de réapprendre à ouvrir la Bible !), nous rapprochant de Jésus se retirant seul avec le Père, et nous enseignant à faire de même (Mt 6, 6).

RP

samedi 27 juin 2020

Le parpaillot châtelleraudais | été 2020

Numéro 2 — juillet-août 2020,
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Dieu a tant aimé le monde…

« Dieu a aimé le monde ». Dans l’Évangile selon Jean, « le monde » — cosmos — est une notion le plus souvent négative. C’est ce qui est illusoire, vain, superficiel. Un faux arrangement pour lequel Jésus dit ne pas prier lorsqu’il confie les siens au Père dans son discours d’adieu (Jean 17, 9). Non qu’il le dédaigne : il y envoie les siens !

Car ce monde en souffrance, en proie à toutes les détresses, des guerres aux épidémies, des catastrophes écologiques à la haine, au racisme, à tant de fléaux, Dieu l’a tellement aimé « qu’il a donné son Fils unique » ! — « pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 16-17). Il l’a chéri infiniment, ce monde blessé. Et cet amour du monde se traduit dans le don d’une présence, celle de son Fils, pour un salut qui advient par un simple acte de foi en lui.

Quiconque croit en lui a la vie éternelle. Quel est cet acte de foi qui reçoit la grâce de Dieu donnée en plénitude dans le signe du don de son Fils ? C’est juste le regard de foi qui, du cœur des ténèbres, du chaos, du péché et de la culpabilité, de la souffrance, bref de l’exil loin de Dieu — se tourne vers lui.

Tel est l’acte de foi ouvert ici : au-delà de toute crainte qui préférerait rester plongée dans les ténèbres et le chaos, dans les œuvres mauvaises déjà absorbées par la mort — se tourner sans crainte vers celui de qui rayonne la lumière éternelle, par lequel le monde vient à son salut, vers celui qui, pendu au bois, élevé de la terre, fait resplendir la lumière en plénitude, en vie éternelle. La foi seule. La plénitude de la grâce y est donnée.

Ainsi, « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17). Il n’est pas besoin d’autre jugement que celui qui a déjà eu lieu : être dans les ténèbres, puis y rester pour n’être né qu’une fois, n’être né qu’à ces ténèbres. Mais dans le Christ élevé de la terre, le jugement, en quelque sorte s’inverse, devient délivrance par la venue à sa lumière. C’est ainsi que le Souffle saint, l’Esprit de Dieu, opère en nous la naissance d’en-haut dans la foi au Fils de Dieu.

On est passé au-delà du jugement de l’ancien monde. Ou plus exactement, ce tournant est le jugement de l’ancien monde, au-delà duquel on passe, par la seule foi en ce qui s’est accompli en Jésus. Le jugement relève d’un passé déjà jugé, mais qui croit en lui n’est pas jugé ; il est passé de la mort à la vie, par la libération à l’égard du poids du mal, du péché et de son fruit de la culpabilité, bref de la puissance de la mort, comme autant d’aboutissements du mal, qui retenaient le monde captif.

Telle est l’immense nouvelle de ce verset central de l’Évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16).

RP

mercredi 27 mai 2020

Le parpaillot châtelleraudais

Le premier numéro du nouveau bulletin de Châtellerault,
LE PARPAILLOT CHÂTELLERAUDAIS, est sorti ! Clic sur l’image :


Du tombeau vide à l’Esprit consolateur

« II vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, l’Esprit consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai », promet Jésus (Jean 16, 7). Absence prochaine du Christ annonçant à ses disciples en premier lieu sa mort, avant son départ futur. Voilà qui résonne particulièrement en nos confinements, où la douleur de la mort de proches devient plus terrible encore que d’ordinaire, quand un accompagnement réel des endeuillés est devenu impossible, un rassemblement de vingt personnes excluant de fait le cercle réel, plus large, des amis ou, au sens fort du mot, de l’Église, ce rassemblement de toutes celles et ceux qui ont reçu en partage la foi en la promesse de la résurrection, réduite, pour la représenter, au célébrant, laïc ou pasteur.

Voilà qui est comme au premier dimanche de Pâques ! « Marie de Magdala partit annoncer la résurrection à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les pleurs », lisons-nous en Marc (16, 10). En ces jours cruels, nous voilà fondés à comprendre les disciples, enfermés « dans le deuil et les pleurs », qui ne peuvent pas, dans un premier temps, percevoir la consolation inouïe, pourtant donnée pleinement dans la parole de Marie de Magdala seule, ou dans celle des deux disciples d’Emmaüs, devenus à eux seuls l’Église proclamant l’Évangile de la résurrection.

C’est du cœur de cette seule parole, l’annonce de la résurrection du Christ, n’aurait-elle qu’un seul témoin humain, tel une Marie de Magdala, que jaillit dans le don de l’Esprit saint, témoin divin, la présence du Ressuscité avec nous jusqu’à la fin du temps.

RP